EMS et accompagnement à domicile. «Quelque 234 millions de francs devront être investis pour les EMS entre 2026 et 2035»

Chênes

Directeur général du Réseau santé de la Sarine, Jacques Pollet explique les besoins pour ces prochaines années dans le domaine des établissements médico-sociaux ainsi que des aides et soins à domicile.

 

Sujet rédigé par Lise-Marie Piller
Photo: La Résidence des Chênes à Fribourg, lors de l’inauguration des rénovations en 2023.Charly Rappo-archives
La Liberté du 7 janvier 2026

Tous les cinq ans, le Réseau santé de la Sarine (RSS) évalue les besoins futurs concernant les aides et les soins à domicile ainsi que les EMS. Une planification qui permet notamment de prévoir les infrastructures et le nombre de collaborateurs nécessaires. Le directeur général Jacques Pollet évoque la planification 2026-2030, communiquée lors d’une récente assemblée des délégués du RSS. Interview.

Ces organisations d’aides et des soins à domicile privées ou ces infirmières indépendantes représentent-elles une concurrence?

Même si nous pouvons être complémentaires, il existe une certaine concurrence. Il faut être clair, net et précis: les privés restent des entrepreneurs, dont le but est de gagner de l’argent. Ils peuvent davantage choisir leurs patients, contrairement à nous, qui avons pour mission de répondre aux besoins pour le district de la Sarine. A titre d’exemple, les privés préféreront par exemple prendre en charge des personnes en ville de Fribourg, plutôt que de fournir tous les jours des soins à domicile à une habitante dans la région du Gibloux.

Comment élaborez-vous ce plan de couverture des besoins?

Jacques Pollet: Il s’appuie sur le plan cantonal (la planification des soins de longue durée 2026-2030 élaborée par la Direction de la santé et des affaires sociales, ndlr). Par ailleurs, nos prévisions sont réactualisées chaque année en fonction de ce qui se passe sur le terrain, où de nombreux éléments évoluent. Il est nécessaire d’anticiper, comme il faut environ dix ans pour construire un EMS.

Justement, quels seront les besoins concernant les EMS?

D’ici à 2030, 225 lits supplémentaires sont planifiés. Puis il y en aura encore 302 de plus d’ici à 2040, mais ce chiffre pourrait évoluer en fonction du rapport définitif de planification des soins cantonaux. Car en 2022, nous avions près de 4800 Sarinois âgés de plus de 80 ans, alors que nous en dénombrerons près de 6900 en 2030.

En revanche, le seul nouvel EMS prévu durant la période 2026 à 2030 sera celui de Belfaux (de 120 lits), dont la mise à l’enquête est en cours…

Nous avons déjà rénové pratiquement tous les EMS du district pour un montant d’environ 156 millions de francs. Ceux qui doivent encore être rafraîchis et/ou agrandis sont ceux des Epinettes (Marly) et des Bonnesfontaines (Fribourg) – ces travaux sont inscrits dans notre planification 2026-2035. Ce sera ensuite le tour de l’EMS de la Villa Beausite à Fribourg. Puis durant la période 2031-2035, un nouvel EMS devrait être créé à Bois-d’Amont.

De même, quels seront les besoins pour les aides et soins à domicile?

Nous passerons de 129 équivalents temps plein (ETP) en 2026 à 162 en 2030. Il s’agit d’une priorité, car beaucoup de personnes préfèrent rester chez elles plutôt que d’aller dans un EMS. De plus, un lit coûte 350 000 francs d’investissement, auxquels il faut ajouter les frais d’exploitations, de 75 000 francs par année. Le maintien à domicile coûte donc beaucoup moins cher à la collectivité, en comparaison.

A combien est estimée la facture globale dans la Sarine?

Pour les EMS, quelque 234 millions de francs devraient être investis entre 2026 et 2035 par les communes. Pour le Service d’aide et de soins à domicile, l’augmentation de coûts entre 2025 et 2030 est estimée à 1,6 million de francs.

Les communes auront-elles les moyens?

Ce sont elles qui peuvent répondre. Notre rôle, en tant que RSS, est de répondre aux besoins, car si nous n’augmentons pas les aides et soins à domicile et ne prévoyons pas des lits supplémentaires, les personnes devront attendre à l’hôpital. Et quelqu’un devra de toute façon payer. Quant à la demande, elle est vraiment en lien avec ce qui se passe sur le terrain, où le besoin est effectif.

« D’ici à 2030, 225 lits supplémentaires sont planifiés »

Jacques Pollet·Directeur général du Réseau santé de la Sarine

Reste la question du personnel. Sera-t-il facile d’en trouver à l’avenir, étant donné la crise que traverse le monde de la santé?

Cette question est à mettre entre les mains du canton et de la Confédération, qui doivent former ce personnel. Malheureusement – et excusez-moi du terme –, le marché de l’emploi est à sec à ce niveau-là. De plus, cette problématique ne concerne pas uniquement la Sarine, mais aussi toute la Suisse, l’Europe entière, etc.

A contrario, l’aide et les soins à domiciles ne représentent pas un problème pour l’instant. Nous avons, par exemple, lancé un nouveau partenariat avec la Croix-Rouge fribourgeoise. Les gens souhaitant se réorienter professionnellement peuvent travailler chez nous à 80%, tout en suivant une formation à 20%. Il y a eu énormément de demande, et toutes les places ont trouvé preneur. Nous ne pouvons cependant pas les démultiplier, car il nous faut aussi des formateurs.

Durant l’assemblée des délégués, en décembre, le fait que les aides et soins à domicile aient diminué de 5 EPT en 2025 a surpris. Comment expliquez-vous ce changement?

Nous avons effectivement prévu trop d’EPT, que nous avons dû réduire. Cela est lié aux offres privées, qui ont fortement augmenté ces dernières années dans le domaine. Nous ne disposons cependant pas de statistiques précises.

Tous les cinq ans, le Réseau santé de la Sarine (RSS) évalue les besoins futurs concernant les aides et les soins à domicile ainsi que les EMS. Une planification qui permet notamment de prévoir les infrastructures et le nombre de collaborateurs nécessaires. Le directeur général Jacques Pollet évoque la planification 2026-2030, communiquée lors d’une récente assemblée des délégués du RSS. Interview.