L’Estivale, une aventure phénoménale pour les résidents de l’EMS Les Mouettes
Depuis quatre ans déjà, quelques aînés du home d’Estavayer-le-Lac, situé juste à côté de la place de fête, vivent une soirée du festival staviacois de l’intérieur. Ils étaient de sortie le 31 juillet.
Parru dans LaLiberté du 1 août 2026
Texte : Jean-Michel Zuccoli
Photo : Antoine Vullioud
Il me faut une petite jaquette», demande Hélène Michel, surprise d’être inscrite à cette grande expédition. «Votre carrosse est prêt», souligne Célia Padoan, assistante socio-éducative, qui invite Janine Roth à prendre place. La résidente de l’EMS Les Mouettes ne tarde pas à s’installer confortablement sur la chaise roulante qui l’amènera vers cette grande soirée. «Je vais m’acheter des bonbons. Ils seront pour les gamins», projette Cézanne Bise, qui s’est également mise sur son trente et un. La bonne humeur est au rendez-vous, les dix aînés, entourés de leur accompagnant personnel, sont impatients d’assister aux concerts du 31 juillet proposés à l’Estivale. «Pour certains, c’est la sortie de l’année», relève Célia Padoan.
« Certains résidents s’inscrivent d’année en année pour venir à l’Estivale » - Armelle Ansermet·Responsable animation à l’EMS Les Mouettes
C’est presque devenu une tradition. Depuis quatre ans, un petit groupe de résidents du home médicalisé Les Mouettes se rend au festival staviacois. «Nous y allons comme voisins», note Armelle Ansermet, responsable animation, l’EMS étant situé à deux pas du site. C’est à la suite d’une demande de l’équipe d’animation que les organisateurs de l’Estivale ont offert des billets d’entrée. «Nous leur avons écrit que les résidents, en tant que voisins, ne profitaient que du bruit mais pas de la fête», explique l’initiatrice du courrier, Célia Padoan. La réponse fut positive avec dix billets gratuits. «Cette année, cela va être un peu plus intense, nous en avons reçu dix supplémentaires», relève Armelle Ansermet qui chapeaute la sortie.
Vue sur scène
Une dizaine de minutes plus tard, ce petit groupe se retrouve à l’intérieur du site. «Vous vous imaginez, les agents de sécurité m’ont demandé si j’avais un couteau sur moi», sourit Cézanne Bise, amusée par cette question, tout en se dirigeant vers des tables. Car lors d’un festival, la première étape consiste à bien se ravitailler, la soirée va être longue. Röstis et saucisses, friture de poisson ou crêpes ont la faveur des résidents. «Voilà votre petite bière», sourit Armelle Ansermet, sachant que cette boisson estivale fera plaisir à cette résidente.
« Les agents de sécurité m’ont demandé si j’avais un couteau sur moi. » - Cézanne Bise·Résidente de l’EMS Les Mouettes
Les quelques gouttes de pluie ne ternissent pas la joie des aînés qui, prévoyants, ont sorti leur parapluie, en attendant de se retrouver sur la plate-forme surélevée. Celle-ci offre une vue imprenable sur la scène du lac. Charline Mignot alias Vendredi sur Mer, chanteuse suisse, distille sa pop-électro nostalgique. «Je pars boire un verre», balance Claude Catillaz. «Le concert est très bien», commente pour sa part Yvonne Bulliard en levant le pouce.
Juste à côté, Hélène Michel balance ses bras de gauche à droite, au rythme de la musique. «Et dire qu’au dernier moment, elle ne voulait plus venir», glisse Armelle Ansermet à sa collègue. «C’est mon premier Estivale, ça valait vraiment la peine de venir», reconnaît Hélène Michel. La présence de l’aide-animateur Tristan Rothenbach, connu sous le nom de scène Miillyrose et qui s’est produit le premier soir de l’Estivale, a peut-être contribué à faire monter la température de quelques degrés. «Il est tellement beau ce jeune homme», chuchotent quelques résidentes visiblement conquises par son charme.
Immersion dans la foule
La soirée ne fait que commencer: en route vers la grande scène où la chanteuse Amel Bent se produira pour la plus grande joie des résidents. «Le sol a été adapté, c’est plus agréable pour se déplacer avec les chaises roulantes», constate Célia Padoan. Trois résidentes rejoignent directement la foule pour vivre ce moment d’encore plus près. «Certains résidents s’inscrivent d’année en année pour venir au festival», note Armelle Ansermet.
Une petite surprise attend Sonja Renevey: sa petite-fille Christelle vient lui faire un coucou. «Le festival est pour les résidents aussi un moment de partage et de rencontre avec leur famille», relève la responsable animation. «J’ai participé à 33 éditions du Paléo Festival. Chaque fois j’amenais un cadeau à ma maman. Aujourd’hui, je peux partager ma passion ici, à Estavayer-le-Lac, avec elle», explique Alain Delley qui est venu comme accompagnateur. Arborant son beau tee-shirt rose avec son prénom comme inscription, Rose Delley a apprécié la découverte de cet univers musical.
Pour plusieurs résidents, la soirée s’arrête après le concert de la coach de The Voice. La fatigue s’est gentiment installée. Seules deux grands-mamans resteront jusqu’au bout de la nuit. «Il faut profiter, on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve», relève Sonja Renevey, revenant sur la plate-forme après une pause cigarette. Comme sa collègue Cézanne Bise, elle sourit à la vie, les chansons entraînantes de Christophe Maé contribuant à la bonne humeur. Sur son tube Il est où le bonheur, Cézanne Bise s’écrie: «On est là!»